Un pâturage d'automne avec des sapins et des montagnes en arrière-plan

La torrée (ou « torée ») : définition et explication d’une tradition neuchâteloise

Si vous avez déjà entendu « on fait une torrée dimanche ? » sans oser demander ce que c’était, ce petit guide est pour vous. Promis, c’est bien plus simple (et bien plus gourmand) que ça en a l’air.

Un pâturage d'automne avec des sapins et des montagnes en arrière-plan
Un pâturage d’automne en Suisse, le décor typique d’une torrée — photo Tomas Trajan, Unsplash (licence Unsplash)

La définition : c’est quoi, une torrée ?

Une torrée (que l’on écrit aussi torée) est un repas en plein air autour d’un grand feu de bois. On y fait cuire sous la cendre et les braises des saucissons, souvent accompagnés de pommes de terre. On l’appelle parfois « feu de berger ».

C’est une tradition de l’Arc jurassien, née dans le canton de Neuchâtel, et plus particulièrement dans le « Haut » : autour du Locle, de La Chaux-de-Fonds et des villages voisins. On la retrouve aussi dans le canton du Jura et dans le Jura bernois. Elle figure d’ailleurs sur la liste suisse des traditions vivantes.

D’où vient le mot ?

« Torrée » vient du latin torrere, qui veut dire « rôtir » ou « griller ». Le nom dit donc tout : on fait rôtir quelque chose dans le feu.

Une tradition née dans les pâturages

À l’origine, la torrée n’avait rien d’un loisir. En automne, une fois les troupeaux redescendus, les paysans nettoyaient les pâturages boisés pour empêcher la forêt de regagner du terrain. Les branches coupées partaient en fumée dans un grand feu, et on glissait un saucisson dans les braises pour le repas de midi. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que la torrée est devenue peu à peu une sortie conviviale entre amis ou en famille.

Le saucisson, vedette de la fête

La star, c’est le saucisson neuchâtelois IGP, une saucisse de porc fumée à froid. Les puristes ne jurent que par lui. Certains font aussi la place à la saucisse d’Ajoie ou au cervelas, mais ça, on n’en parle pas trop fort au Locle.

Comment ça se passe, concrètement ?

  1. On allume un grand feu dans un endroit dégagé, de préférence en lisière de forêt pour être à l’abri du vent, et on attend que les braises se forment. C’est le secret : il faut de bonnes braises, donc il faut s’y prendre tôt.
  2. On emballe le saucisson dans des feuilles de chou, puis dans du papier de boucherie ou sulfurisé, puis dans du papier journal bien mouillé. On ficelle le tout.
  3. On l’enfouit dans un creux des braises, on le recouvre de cendres chaudes et, si on veut faire les choses à l’ancienne, on dépose quelques branches de sapin par-dessus pour le parfum de forêt.
  4. On patiente : comptez de 35 à 60 minutes selon les écoles (la durée idéale est un sujet de débat entre Neuchâtelois).
  5. Côté pommes de terre, elles cuisent environ 20 minutes dans les braises, emballées dans de l’alu.
  6. On déballe et on déguste, avec les doigts, accompagné de pain ou de salade, d’un peu de moutarde et d’un verre de vin ou de jus de raisin.

Quand faire une torrée ?

La saison classique, c’est l’automne, après la désalpe, sous le soleil d’été indien et au-dessus de la mer de brouillard. Mais rien n’interdit d’en faire à d’autres moments de l’année, tant que vous trouvez un bon endroit (et que les conditions d’incendie le permettent).

Nos petits conseils d’ami

  • Choisissez un emplacement dégagé, loin des jeunes arbres, et entourez votre foyer de pierres.
  • Surveillez le feu en permanence et éteignez-le complètement avant de partir.
  • Renseignez-vous sur d’éventuelles interdictions de feu, surtout en période sèche.
  • Pas envie de tout organiser ? Les bouchers de la région vendent des saucissons déjà préparés pour la torrée, et le Parc du Doubs propose même un kit complet.

Vous avez maintenant tout pour briller à la prochaine invitation. Et pour savoir où aller, rendez-vous dans notre article Les meilleurs spots pour faire une torrée dans le canton de Neuchâtel.

Sources : Neuchâtel Tourisme / Jura & Trois-Lacs, Parc du Doubs, Office fédéral de la culture (traditions vivantes), République et Canton de Neuchâtel. Photo : Kristaps Ungurs sur Unsplash.

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